Avant d'aller rejoindre les bras de Morphée, je décide de faire un petit tour dehors. Perdu dans mes pensées d'une journée bien chargée en émotions, je marche tranquillement sans but précis. Mes pas me dirigent vers le centre-ville, désormais désert, alors qu'il grouillait de monde il y a encore quelques heures. C'est le meilleur moment de la journée : sans la foule, l'architecture des bâtiments se révèle dans toute sa splendeur. Mais la nuit tombe et dérobe à nouveau les détails des ornements qui parent les monuments.
Dans le silence de la nuit, je m'assieds sur un banc en bois, au cœur d'un charmant jardin fleuri et buissonnant. J'inspire profondément, savourant les parfums de la végétation alentour. Je me détends, puis ferme doucement les paupières. J'écoute les sons environnants et leur associe des images, telles les scènes d'un film.
Une légère brise fait frissonner les buissons proches. Tandis qu'au loin se fait ressentir le bourdonnement incessant des voitures qui circulent en flot ininterrompu sur la quatre-voies. Tout près de moi, les insectes nocturnes se mettent à fureter dans les caniveaux et les poubelles d'une ville endormie. Un peu plus loin, un chien jappe tandis que sur une toiture d'une maison deux chats se défient dans un feulement rauque avant que le choc de leurs corps ne rompe la trêve. Une voix masculine, forte et tranchante, se mêle aux éclats d'un couple en dispute, puis en réconciliation. À proximité, de petits cris de plaisirs trahissent un couple en extase. Dans l'air flotte une musique de style hard rock : quelqu'un a oublié de couper le son de ses enceintes en mettant son casque.
Non loin de moi, je perçois les pas cadencés d'une femme qui marche avec des talons sur une rue pavée. Je l'imagine brune parée d’un long manteau qui descend en dessous du genou. Le souffle léger du vent me fait entendre une porte qui claque, sans que j'arrive à en déterminer l'endroit exact. Tout comme j'entends le cri d'un bébé qui n'arrive pas à dormir sous cette chaude nuit d'été.
Bien qu'il soit déjà tard, la vie continue et j'entends le cri strident des freins du train qui s'arrête à la gare, apportant avec lui son lot de voyageurs nocturnes et de destinées en transit. Tandis que dans une rue éloignée, un camion ramasse les dernières poubelles de sa tournée. Les éclats de voix de jeunes garçons titubant suite à une soirée bien arrosée ne couvrent pas le bruit de sirène qui se fait entendre : pompier, ou SAMU, rappelant qu'à ce moment précis la détresse traversait aussi la nuit. Un automobiliste qui se croit seul dans la nuit, fait crisser ses pneus et rugir le moteur de son véhicule. Le vent se lève et entraîne avec lui des sacs plastiques qui finissent contre un mur.
Une nuit ordinaire en somme où les soucis sont mis en repos pour ceux qui dorment, tandis que d'autres travaillent et ceux qui ont le sommeil léger et anxieux rumine.
Ludovic Rousseau